• Youtube
  • LinkedIn Social Icône

© 2020 by AKALLY

Le Thé marocain

Le thé à la menthe est omniprésent partout et tout le temps au Maroc. Cela pourrait faire penser que ce breuvage est ancestral, venu tout droit de la nuit des temps. Et pourtant ce n'est pas le cas. Aujourd'hui, nul ne peut faire un pas sans rencontrer des hommes attablés à la terrasse d'un café et qui sirotent un délicieux thé doré et très odorant, nul ne peut tenter d'acheter un produit de l'artisanat local sans sacrifier à la cérémonie du thé. Les réunions de famille ne sauraient se faire sans lui, les bivouacs dans le désert non plus, tout le monde consomme cette boisson sur tout le territoire. De plus elle est la représentation emblématique de l'art de la bienvenue, une réalité forte au Maroc.

Comment, dans ce cas, ne pas penser que cette habitude est née voila des siècles et que le thé est maintenant inscrit dans les gènes de tout à chacun !

Pourtant sa consommation de masse au Maghreb ne remonte qu'au XIXème siècle et sa découverte par un marchand arabe, en Chine, au IXème siècle. Il arrivera d'ailleurs en Egypte vers les années 1500 et y restera. Pendant tout ce temps au Maroc, ce sont des tisanes que l'on consomme, de la menthe fraiche ou de l'absinthe.

Au XIXème siècle, les anglais, ne sachant que faire de leur stock de thé vert, se disent que le Maghreb est un marché possible et par Mogador et Tanger, ils déversent cette plante séchée à profusion. Les marocains ont apprécié, en mélangeant la menthe et le thé vert, ils obtenaient un breuvage doux et savoureux, le thé permettant de casser l'amertume des plantes. Très naturellement, la population en a fait un point de passage obligé, une cérémonial qui rassemble dans la joie et souligne fortement le bonheur d'accueillir et d'offrir un bienfait.
Depuis, tout autour de ce phénomène, se développe un artisanat, théière, verre, plateau, brûlots portables, passe-thé, le marteau (pour casser le sucre) et autres ustensiles. Il n'est pas concevable de parler, même 5 minutes, sans qu'un thé délicieux n'apparaisse. Il n'est ni élégant ni concevable d'ailleurs de le refuser.

Mais comment fait-on un bon thé à la menthe ? Chacun a sa recette, mais les produits de base sont le thé vert bien sûr, la menthe fraiche, le pain de sucre et l'eau chaude. Et comme les Berbères ne font rien comme le reste du monde, leur thé est plus odorant et plus gouteux, tout simplement parce qu'il le prépare avec 5 ou 7 plantes aromatiques endémiques des montagnes des contrées berbères. Ils vous diront, avec une petite moue pincée, que malheureusement à Marrakech on ne peut pas faire un thé correct, les plantes vendues dans les souks n'ont pas la senteur appropriée, elles ne viennent pas de leur montagne, malgré tout le meilleur thé à la menthe… que j'ai savouré avait été préparé par un berbère (ce sont les hommes qui préparent le thé). Il avait passé deux heures pleines dans la médina pour trouver les plantes presque « acceptables » et enfermé dans la cuisine, concentré sur son œuvre, il s'est livré à  des manipulations presque ésotériques pour obtenir la perfection ! 

Préparattion du thé à la menthe

  1. Etape 1

    Faire chauffer de l'eau, verser 1 petit verre d'eau bouillante sur 2 cuillères à café de thé vert.

  2. Etape 2

    Après une minute, jeter le liquide, garder le thé

  3. Etape 3

    (c'est pour enlever la première amertume du thé), puis verser le reste de l'eau (il faut avoir une petite théière, équipée idéalement d'un filtre dans le bec verseur, c'est + facile).

  4. Etape 4

    Ajouter ensuite la menthe fraîche, en noyant tout de suite les feuilles dans l'eau (si elles surnagent, elles prennent un goût de brûlé, un peu amer -avec l'habitude, vous le reconnaîtrez- c'est pour les marocains quand le thé est brûlé).

  5. Etape 5

    Par dessus, ajouter les sucres (au moins 25-30 sucres pour 4-5 verres).

  6. Etape 6

    Pour mélanger, on ne remue pas avec une cuiller,

  7. Etape 7

    on prend un verre, on verse de la théière dans le verre, puis le verre dans la théière, et ainsi de suite plusieurs fois, le contenu sera mélangé.

  8. Etape 8

    On verse dans les verres en tenant la théière bien haut pour faire 'mousser' le sucre... et on boit très chaud.

               Préparation du thé sahraoui ( thé des touaregs )
 
 
 
Le thé n’est pas une simple boisson pour les Sahraouis mais bien plus. Il s’agit en fait d’un rituel qui symbolise l’unité de la famille sahraouie. Les populations locales se retrouvent dans une ambiance conviviale autour du thé pour renforcer leurs liens familiaux et amicaux. Cette réunion autour de la tiédeur de ce verre, traduit quelques facettes du patrimoine socioculturel propre aux habitants du Sahara marocain, conservé et perpétué de génération en génération.  Ces traditions font, que servir le thé, constituent un rituel spécial, dont la préparation peut intervenir à tout moment de la journée. Aucune soirée de distraction ne peut être envisagée sans le thé et le cérémonial qui accompagne sa préparation. En effet, les dernières nouvelles et les affaires de la vie courante sont discutées autour d’un verre de thé. Ces mêmes traditions imposent que le thé  sahraoui doit impérativement intégrer «  la théorie des trois J ». Le premier  « J »  Jamaâ  signifie un groupe de personnes. Ce premier composant  exige de servir le thé lorsque l’on se trouve en groupe et plus il y en a et mieux c’est. Ce groupe  passe le temps en buvant du thé et en abordant les sujets de la vie quotidienne. Le deuxième « J » correspond au « Jarr », qui signifie le prolongement. Ce deuxième élément veut que la préparation du thé soit longue. Cela laisse à l’assemblée assez de temps pour traiter de diverses questions socio-économiques en toute quiétude et sans le moindre stress. Le troisième « J » correspond au « Jamr », qui n’est que charbon allumé, et qui fait que  le feu traditionnel au charbon doit être utilisé pour la préparation du thé, ce qui lui donne toute sa saveur.  Dans les provinces sahariennes, le thé est un produit de première nécessité. Elle constitue la boisson qui prédomine l’animation nocturne à l’intérieur des foyers. Le thé est présent dans toutes les maisons et les tentes. Les Sahraouis affichent un profond respect à leurs coutumes et traditions y compris servir le thé aux hôtes. Ce qui constitue une marque d’hospitalité et de bienvenue. C’est pour cette raison que les Sahraouis ont toujours fait en sorte de disposer du thé , quitte à échanger une ou plusieurs têtes de bétail contre des sacs de thé et de sucre.  «Pour nous, servir du thé est un art qui réunit tous  les éléments esthétiques. Le thé n’est pas un luxe mais une nécessité», explique à ALM Mohamed Lamin Yara, un cheikh  sahraoui.  Dans les provinces du sud, le préparateur de cette boisson princière est appelé « Al qayam », qui est sélectionné parmi les membres de la communauté sur la base de plusieurs critères dont l’éloquence, la maîtrise de la lecture et de la poésie, la noblesse et la largesse d’esprit.  L’attribution de la préparation du thé à un membre de l’assemblée est considérée davantage comme un plaisir et un honneur conféré qu’une corvée à subir. Souvent, ce sont les  hommes qui préparent le thé pour leur plaisir personnel. Cela dit, rien n’empêche les femmes de le faire surtout lors des grandes occasions familiales ou religieuses. Le préparateur du thé doit toujours veiller à faire en sorte d’éviter un mauvais maniement des ustensiles, à la présentation de verres non bouillis, le manque de propreté du plateau de thé ainsi que le défaut de communication. L’ensemble des personnes assistant à la cérémonie du thé passe leur temps à observer Al qayam. Lorsque le thé est d’excellente qualité, les verres vides sont lancés en direction de « Al qayam »  en reconnaissance de la qualité de sa préparation de thé et prononcent des compliments.
Dans la tradition culinaire de cette région, le thé doit être consommé après chaque repas. Selon certains Sahraouis, le thé joue un rôle important pour la digestion. Parmi les autres vertus du thé, il y a également le fait qu’il  lutte contre les principaux facteurs de vieillissement et les maladies cardio-vasculaires. D’ailleurs, certaines personnes ont la conviction, que le thé et la viande du dromadaire sont à l’origine de la bonne santé dont jouissent les Sahraouis. Au Sahara, il faut se plier à l’invitation à  la traditionnelle cérémonie du thé.  «On sert trois tours de thé dans de minuscules verres. Le thé sahraoui est un peu forcé, corsé et sucré», révèle Fatima, une sahraouie d’origine.